Entraînement des chevaux de courses, hippodrome de Beyrouth, octobre 2018.
Aussi appelé « le poumon de Beyrouth », ce lieu est un des rares espaces verts de la capitale Libanaise dense et polluée.
Meher, dans le box de la jument Ebne Set, hippodrome de Beyrouth, avril 2019.
Les palefreniers doivent s'occuper de trois chevaux en moyenne. Ils sont employés par les propriétaires et les entraîneurs. Depuis quelques années, on leur demande de s'occuper de plus de chevaux, en moins de temps.
Hippodrome de Beyrouth, avril 2019.
Hippodrome de Beyrouth, avril 2019.
Mise en selle du jockey, hippodrome de Beyrouth, octobre 2018.
Avant chaque course, les jockeys sont pesés : leur poids, avec la selle, ne doit pas dépasser 55 kilos. Une contrainte qui peut entrainer des désordres alimentaires chez certains jockeys.
Meher, devant l'écurie où il travaille comme palefrenier, hippodrome de Beyrouth, octobre 2018.
Les jockeys et palefreniers vivent pour la plus part dans la banlieue sud de Beyrouth, proche des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila. Propriétaires et entraineurs profitent ainsi d'une main d’œuvre bon marché à proximité de l'hippodrome.
Marché de Sabra, à l'ouest de l'hippodrome, mai 2019.
« Ici, les maisons ont poussé comme des arbres » me raconte Ibrahim, 68 ans, qui vit dans le quartier.
Abu Ali, 57 ans, dans son salon, rond-point de Chatila, Beyrouth, mai 2019.
Abu Ali travaille comme palefrenier depuis l'âge de 10 ans. Aujourd'hui il ne s'occupe que d'un seul cheval et de quelques poules. Il vit dans une ancienne écurie car son salaire ne lui permet pas de se loger à Beyrouth.
Abu Ali me montre des photos des années 1990. Il pose pour la photo de course (deuxième en partant de la gauche), son cheval a gagné. Des moments de gloire immortalisés et conservés précieusement.
Ahmed, 28 ans, jockey, monte le cheval d'un ami du quartier, rond-point de Chatila, Beyrouth, avril 2019.
Dès l'âge de 6 ans, il passe son temps à l'hippodrome où travaillent son père et ses grands frères comme palefreniers. A 11 ans, il quitte l'école pour devenir jockey.
Ahmed, chez lui, après le travail, Beyrouth, avril 2019.
Il vit à Ghobeiry, un quartier qui s'est construit au sud de Sabra, majoritairement chiite et fief du Hezbollah.
Moustafa, 47 ans, devant sa maison, Ghobeiry, Beyrouth, mai 2019.
« J'avais 14 ans quand j'ai commencé à travailler avec mon père comme palefrenier. C'est lui qui m'a tout appris. J'adorais mon métier, surtout pour la relation que tu crées avec l'animal. Mais aujourd'hui, je ne conseillerais pas à mes enfants de travailler à l'hippodrome.
À l'époque on gagnait bien notre vie et on travaillait dans de bonnes conditions. A la fin des années 1990, les choses ont commencées à changer. Il ne s'agissait plus de faire des courses, mais de faire de l'argent. Beaucoup d'argent. À peine débourrés, les chevaux sont envoyés à l'entraînement. On les fait forcer trop tôt, trop vite, trop jeunes. On les cassent. Tout tourne autour de l'argent.
Cela vaut pour tout le Liban. Il y a 4 ans, on m'a tiré dessus et j'ai perdu la vue. Je n'ai rien pu faire. Les personnes qui ont fait ça sont protégées par un parti politique au pouvoir. Ça c'est notre pays. Ça c'est le Liban. »
Ibrahim, 68 ans, ancien palefrenier, a travaillé à l'hippodrome pendant 45 ans.
« J'ai emmené tous mes fils ici, je leur ai appris le métier. On peut savoir en un coup d'oeil si le cheval est en bonne santé ou pas. Parfois, on nous confiait un cheval très faible, et après des semaines de soins et d'attention, il gagnait toutes les courses. Et tout ça sans tricher : moi je n'ai jamais rien fait de malhonnête, je n'ai jamais fait de piqûres…
Deux de mes fils ont quitté leur travail à l'hippodrome. Cela a beaucoup changé ces dernières années. Je me souviens à l'époque, si nous étions malades, le patron nous donnait un peu d'argent pour qu'on aille chez le docteur, pour qu'on se soigne et qu'on revienne en forme. Aujourd'hui, ils te renvoient chez toi sans rien, et prennent quelqu'un d'autre.
Je vais à l'hippodrome tous les dimanches. Pour voir mon fils courir, Ahmed, il est jockey. Mais aussi par passion pour les chevaux. Une passion que j'ai dans le sang. »
5 heures du matin, Ahmed démarre son scooter et part à l'hippodrome entraîner les chevaux. Ghobeiry, Beyrouth, avril 2019.
« Je ne veux pas être agent de sécurité comme mes frères, je préfère rester jockey, même si je gagne moins d'argent. »
Aatiya, palefrenier, travaille à l'hippodrome depuis 15 ans.
Les palefreniers commencent leur journée à 4 heures du matin. Il faut nourrir les chevaux avant l'entraînement. Ils ont tout intérêt à ce que leur cheval soit en bonne santé et gagne la course : ils touchent ainsi une prime qui viendra gonfler leur salaire. S'occuper de ces chevaux est une vraie responsabilité, certains d'entre eux valent plus de 50 000 $.
Hippodrome de Beyrouth, avril 2019.
De potentiels acheteurs viennent voir un poulain à vendre, hippodrome de Beyrouth, septembre 2019.
À cause de la crise économique, de nombreux propriétaires se séparent de leurs chevaux. Ces départs ont de lourdes conséquences sur le maintien des emplois des jockeys et palefreniers.
Vestiges de ce qui était autrefois un lieu de loisir, Beyrouth, octobre 2018.
L'hippodrome est abandonné par la municipalité de Beyrouth et menace de fermeture.
Wadia, 17 ans, emmène un cheval sur la piste d'entrainement. Hippodrome de Beyrouth, mai 2019.
Il a commencé à 15 ans comme garçon d'écurie, et se forme aujourd'hui au métier de jockey. Il doit gagner 30 courses pour devenir jockey professionnel. « Mon père était palefrenier, mais il a arrêté de travailler ici. Moi j'adore ce métier, je me vois bien faire ça toute ma vie. »